Le lundi 7 mai 2001

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Note : Ceci n'est pas la page web originale de Libération mais une copie. L'article ci-dessous sur la série "The Human Zoo" est signé de mon nom mais n'a pas grand chose à voir avec la version envoyée au journal. L'article original non coupé figure à la suite. E.R.

   





«Real TV»: télé poubelle ou télé vérité?

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Sur le site de la chaîne M6, retrouvez les informations concernant l'émission Loft Story.

Le site officiel de Loft Story.

Loftstory.t2u.com est un site perso qui propose, en plus des vidéos en direct, des archives des derniers jours.

Le site de Loftscary propose «un autre point de vue sur le regard», avec des forums à thème, ainsi que des sondages.

Boycottyes.com est un site perso qui participe avec le collectif «Souriez vous êtes filmés» à l'opération «Sacs poubelles».

Pour en parler, un newsgroup, fr.rec.tv.programmes et les canaux de dialogue en direct sur IRC: #loftstory et #loft-story, accessibles via les logiciels Mirc sur PC ou Ircle sur Mac.

 

Quand la «real TV» se fait laboratoire
Des psys américains en font un terrain d'expérience.

Par EMMANUELLE RICHARD

Los Angeles correspondance

maginez Loft Story ou Big Brother sous surveillance scientifique. Un groupe d'individus vivant sous le même toit, leurs faits et gestes filmés en permanence... et commentés par deux psychologues de renom. C'est là le concept de The Human Zoo, une série documentaire produite en Angleterre et diffusée récemment aux Etats-Unis, au Québec et bientôt en Grande-Bretagne. Les douze volontaires sont enfermés pendant une semaine dans un pavillon rempli de caméras et de micros. «L'originalité, c'est que j'interviens tout au long de l'émission avec un psychologue britannique pour aider les téléspectateurs à comprendre ce que les comportements des gens à l'écran veulent dire», explique le professeur Philip Zimbardo, de l'université de Stanford, l'un des deux gardiens du «zoo humain» et président de l'American Psychological Association: «Vous assistez à des comportements psychologiques de base, des petites choses. Comment les gens s'assoient. Comment ils serrent la main. Comment ils entrent en contact par le regard.» Il établit des parallèles entre le «zoo humain» et la vie quotidienne.

Moutons de Panurge. Ainsi, après avoir assisté à la première rencontre des cobayes, le téléspectateur assiste à un véritable entretien d'embauche. «En quelques secondes, les recruteurs se font une opinion de la personne en face d'eux», commente Zimbardo. Une opinion quasiment inchangeable, comme chez les cobayes. Autre thème: le panurgisme. Un des participants se rend dans une pièce où se trouve un groupe d'inconnus, en fait des acteurs. Sous la porte, passe de la fumée. Dehors, une sirène de pompiers se met à hurler. Mais le groupe fait comme si de rien n'était. «On s'aperçoit que la personne met de longues minutes avant de réagir: elle est prête à risquer sa vie pour rester au diapason du groupe», explique Philip Zimbardo. En revanche, un participant laissé seul dans la pièce réagit en moins de deux minutes et s'enfuit.

Prison. A en croire la revue New Scientist, la real TV est un rêve devenu réalité pour les chercheurs. Quoi de mieux pour un psychologue que de conduire des «expériences réelles» sur les comportements humains? Déjà, en 1971, Philip Zimbardo s'était engagé sur cette voie. Il avait divisé 24 étudiants en deux groupes: les gardiens d'un côté, les détenus de l'autre, et les avait enfermés dans une prison fictive. Prévue pour durer deux semaines, l'expérience a dû être interrompue au bout de 7 jours. Des étudiants commençaient à prendre leur rôle trop au sérieux. L'expérience filmée par une caméra cachée est aujourd'hui utilisée par de nombreux professeurs de psychologie. Mais Philip Zimbardo avait subi les foudres des comités d'éthique et n'avait pu, jusqu'à aujourd'hui, renouveler l'expérience. A ses yeux, faire souffrir ses «cobayes» pour les besoins de la recherche est parfois légitime. Il a ainsi confié au New Scientist: «Pour étudier le mal, vous devez parfois créer des conditions qui entraînent les participants à se comporter de façon diabolique; pour combattre le mal, il faut le créer».

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ARTICLE ORIGINAL

Imaginez Loft Story ou Big Brother sous surveillance scientifique. Un groupe d'individus de tous bords vivant sous le même toit, leurs faits et gestes filmés en permanence… et commentés par deux psychologues de renom. C'est là le concept novateur de The Human Zoo, une série documentaire produite en Angleterre et diffusée récemment avec un succès inégal aux Etats-Unis, au Québec (sous le nom " Faune Humaine ") et bientôt en Grande-Bretagne. D'ordinaire, les psys ne courent pas les plateaux de "reality television." Les producteurs du Big Brother australien en ont employé un pour évaluer les candidats au moment du casting : il a retenu ceux qui lui semblaient le plus à même de résister à la pression sans devenir agressifs ou violents. Mais The Human Zoo a embauché ses experts en blouse blanche du début à la fin: "L'originalité, c'est que j'interviens tout du long de l'émission avec un psychologue britannique pour aider les téléspectateurs à comprendre ce que les comportements à l'écran veulent dire," explique le professeur Philip Zimbardo de l'Université Stanford, à Palo Alto, l'un des deux gardiens du " zoo humain."

La cage est comfortable: les douze volontaires (anglais) sont enfermés pendant une semaine dans un beau pavillon de chasse isolé à 400 kilomètres au nord de Londres, rempli de 15 caméras et de dizaines de micros. "Vous assistez à des comportements psychologiques de base" explique le professeur Zimbardo, par ailleurs président de l'American Psychological Association: "Des petites choses de la vie. Comment les gens s'assoient. Comment ils serrent la main. Comment ils entrent en contact par le regard." Avec le sociopychologue britannique Mark McDermott, il a préparé des scénarios pour des scènes filmées dans deux sphères : le "zoo humain " de la série et la vie quotidienne. "A chaque fois que quelque chose d'intéressant se produit dans la maison, on passe à des démonstrations dans le monde réel," précise le professeur Zimbardo.

Par exemple: après avoir assisté à la première rencontre des " cobayes du pavillon de chasse ", le téléspectateur est transporté dans le bureau de recrutement d'une entreprise. Un véritable délégué du personnel fait passer des entretiens d'embauche à trois candidates à un poste de secrétaire. "En 7 voire 15 secondes maximum, ces recruteurs se sont fait une opinion de la personne en face d'eux," explique le professeur. Une opinion tenace, quasiment inchangeable. Un autre segment de la série est consacré à la mentalité de troupeau. Léger : pourquoi parfois toutes les voitures d'une file ont un PV sous leur essuie-glace ? Parce qu'il suffit qu'un automobilise se gare dans une rue interdite pour que les autres l'imitent.

Plus grave : lors d'une expérience, un participant est invité dans une pièce pour une réunion avec un groupe d'inconnus -en fait des acteurs. De la fumée s'échappe de la porte. Une sirène se met à hurler mais le groupe fait comme si de rien n'était. "On s'apercoit que la personne au milieu du groupe impassible met de longues minutes avant de réagir : elle est prête à risquer sa vie pour rester au diapason du groupe," précise le professeur. Dans la réalité, cette personne aurait périe. C'est du moins ce qu'affirme un pompier intervenant dans l'émission. En revanche, un participant dès le départ seul dans la pièce réagit en moins de deux minutes et s'enfuit.

Contrairement à Survivor ou Big Brother, The Human Zoo n'organise pas de jeux du cirque moderne. Elle ne produit pas de gagnant hystérique agitant un chèque d'un million de dollars. Et c'est peut être là son problème avec le public américain. Produite par la compagnie anglaise London Weekend Television pour la chaine cablée américaine Discovery Channel, Human Zoo était programmée fin avril aux Etats-Unis, alors en pleine fièvre " Survivor 2". Mais la série est passée inapercue. A en croire un téléspectateur assidu de Discovery Channel, la chaine a enterrée l'émission dès le départ: "Ni bande annonce, ni rappels," constate Jake, 29 ans, du Colorado, qui avait chaudement recommandé "The Human Zoo" sur son site web. Sous couvert d'anonymat, un représentant de Discovery Channel assure que la chaine "adorait l'émission" mais a gâché la promotion. Des scores d'audience décevants expliqueraient pourquoi le troisième et dernier volet ne sera probablement pas diffusé. "Human Zoo" a eu plus de chance au Québec, où les critiques l'ont accueilli avec enthousiasme. "Vous n'allez peut-être pas apprendre grand chose," tempère La Presse de Montréal, en référence au passage sur le pouvoir de la beauté (plus une femme est attirante, plus elle aura de chance de se faire porter sa valise par un inconnu…) "Mais cette série est bien faite."

A en croire la revue New Scientist, une bonne émission de "real TV" est un rêve devenu réalité pour les chercheurs. Quoi de mieux pour un psychologue que de conduire des "expériences réelles " pour vérifier des théories sur certains comportements humains ? Le professeur Zimbardo n'a pas attendu de rejoindre le " zoo ". Lors de sa fameuse "Stanford Prison Experiment " conduite en 1971, il avait divisé vingt-quatre étudiants "normaux et équilibrés" en deux groupes: les uns devaient jouer les gardiens, les autres les détenus d'une prison fictive, installée dans la cave du département de psychologie de Stanford. Prévue pour durer deux semaines, l'expérience a dû être interrompue après 7 jours. Des étudiants des deux camps commençaient à prendre leur rôle trop au sérieux (ceux, conformes, de prisonniers humiliés face aux bourreaux moqueurs et autoritaires). L'expérience filmée par une caméra cachée est aujourd'hui utilisée par de nombreux professeurs de psychologie à travers le monde. Mais Zimbardo avait subi les foudres des comités d'éthique qui l'accusaient d'humilier les étudiants. Il s'était vu refuser d'autres "expériences réelles " avant d'être lâché bride sur le cou dans The Human Zoo.

A ses yeux, faire souffrir ses "cobayes" pour les besoins de la recherche est parfois légitime: "Pour étudier le mal, vous devez parfois créer des conditions qui entrainent les participants à se comporter de façon diabolique," confiait le professeur Zimbardo au New Scientist d'octobre 2000, dans une interview sur la fonction éducative de la "Real TV". "Ainsi, pour combattre le mal, il faut le créer."

 

 

 



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